23. Juni 2026

Konrad Hummler: «Nous subissons une propagande incessante»

La Suisse a entamé les négociations avec Bruxelles sans jouer cartes sur table avec l’UE. Elle en paie désormais le prix. Pour Konrad Hummler, président du conseil d’administration de la Private Client Bank, publiciste et membre du PLR, une chose est claire: la Suisse aurait dû mettre en exergue, auprès de Bruxelles, le «mécontentement» avéré du peuple suisse. Mais «au-delà des frontières partisanes, la volonté politique a fait défaut», a déclaré Konrad Hummler au quotidien «NZZ».

Le juste milieu mène-t-il à une politique faisant fi du peuple?

Il estime que le prix à payer pour les accords avec l’UE est trop élevé. Ceux-ci mettraient en péril notre système étatique, nos institutions et, par-dessus tout, la démocratie directe. À cet égard, Konrad Hummler critique sévèrement le centre politique: «Le juste milieu entretient des relations conflictuelles avec le peuple. Il ne peut ou ne veut pas admettre qu’il y a des problèmes. Au lieu de cela, nous subissons une propagande incessante et un flux permanent de beaux discours.» 

Le marché intérieur de l’UE – un mythe créé par des fonctionnaires?

Ainsi, le marché intérieur de l’UE est systématiquement enjolivé: «Or, une étude du Fonds monétaire international (FMI) révèle que les entraves au commerce non tarifaires au sein de ce marché sont considérables et correspondent, de facto, à des droits de douane d’environ 44% pour les marchandises et de 110% pour les services. Ce soi-disant marché intérieur s’avère ainsi extrêmement protectionniste», avance Konrad Hummler. Il serait malhonnête de renoncer aux atouts de la Suisse en sa faveur. 

Des augmentations salariales pour contrer la pénurie de personnel qualifié

En tant qu’économiste, il conteste également le narratif lié à la «pénurie de personnel qualifié»: «Quand la main-d’œuvre se raréfie, les salaires doivent augmenter – de quoi résoudre toute pénurie», explique le spécialiste. La transition technologique et les mécanismes du marché détendraient la situation sans intervention extérieure. Dans l’artisanat et l’hôtellerie – des secteurs dans lesquels Konrad Hummler est lui-même actif –, les salaires sont tout simplement insuffisants. 

Assiste-t-on à une prise de conscience au sein du centre politique?

En cas de «non» aux traités avec l’UE, la Suisse ferait face à des représailles. En cas de «oui», la population perdrait bon nombre de droits – et serait obligée d’adopter une législation étrangère. «Je pondère plus fortement le fait que la population puisse voter», confie Thierry Burkart, conseiller aux États argovien du PLR, au mensuel «Nebelspalter».

Les traités constituent une «adhésion light à l’UE»

Contrairement au Conseil fédéral, le juriste Thierry Burkart ne considère pas ces traités comme un prolongement des «accords bilatéraux» existants. À ses yeux, ils impliquent une «intégration relativement soutenue» dans l’UE – une «adhésion light», en somme. 

Gerhard Pfister, conseiller national du Centre, tient des propos similaires. Ces accords constituent «un grand pas vers une intégration dans l’UE» et auraient des conséquences considérables sur la législation suisse, insiste-t-il dans la bihebdomadaire «Finanz und Wirtschaft». Pour Gerhard Pfister, ces traités devraient être mieux conciliables avec la démocratie directe. Il critique particulièrement le fait que l’UE puisse faire pression sur la Suisse par l’intermédiaire de mesures compensatoires. 

Pour autonomiesuisse, la question se pose: combien de temps la Berne fédérale s’accrochera-t-elle encore à sa présentation unilatérale des traités avec l’UE, tandis que même ses propres rangs commencent à vaciller?